Anushka Virahsawmy de Gender Links : « Cessez de blâmer la femme »

Anushka Virahsawmy est à la tête de l’ONG Gender Links, créé en septembre 2008 à Maurice. Elle met l’accent sur trois domaines principaux: le genre et la gouvernance; le genre et les médias et la justice de genre. Au cours des dernières années, Gender Links a investi beaucoup d’efforts, de soins, d’amour et de dévouement pour aider les femmes et leurs familles à sortir de leur cycle infernal de violence, de pauvreté, de manque d’estime de soi et de dépression.

Tout d’abord, comment se caractérise le harcèlement ?

Il est vrai que le harcèlement de rue devient un phénomène de plus en plus inquiétant tout comme les autres types d’harcèlements. Il est aussi important de savoir qu’une femme sur quatre a connu la violence à Maurice. C’est un chiffre énorme pour une population de presque 1,3 millions, dont 52% sont des femmes. Lorsque je parle de violence, cela s’applique pour la violence physique tout comme la violence émotionnelle. Il ne faut pas sous-estimer la violence émotionnelle, les mots ne laissent pas des traces physiques mais les paroles meurtrie. Vous avez aussi la violence sexuelle et la violence économique. Pour revenir à votre question, il existe en effet un nombre grandissant de harcèlement sur la rue. Cela peut être verbal ou physique. Dans certain cas on voit que des hommes n’hésitent pas à mettre la main aux postérieurs des femmes et faire des attouchements en prétextant que leur main les a effleurées. Dans un autre cas de figure, la violence émotionnelle peut aussi avoir des conséquences graves. Des fois les gens disent toute sorte d’imbécilité, sifflent, disent des injures mais ils ne réalisent pas la gravité de leurs actes.

Selon vous comment faut-il réagir dans cette situation ?

Des fois c’est compliquer pour la femme de réagir quand elle est seule. Toutefois je peux vous dire que bien souvent lorsqu’un homme est seul il n’agit pas de la sorte. C’est principalement quand ils sont en groupe qu’ils le font. Ça s’applique aussi pour la femme. Il y a en ce moment un phénomène nouveau où c’est les femmes qui harcellent les hommes. Ça s’applique donc dans les deux cas de figure. Nous croyons qu’il faut d’abord éduquer les gens pour leur faire comprendre qu’un tel comportement n’est pas acceptable. Pendant trop longtemps les gens se sont habitués à se comporter de la sorte. Voilà pourquoi nous faisons régulièrement des formations afin d’éduquer les gens. Si on veut avoir une conversation, il y a une façon plus civilisée et humaine de le faire.

Croyez-vous que la loi protège suffisamment les femmes face aux différents types de harcèlement ?

Il existe des obstacles lorsqu’il s’agit d’aller prouver quoi que ce soit à la police. Quand vous êtes une victime cela se passe tellement vite qu’on n’a pas nécessairement le reflex de sortir son portable et de filmer. C’est vraiment compliquer. Néanmoins si on arrive à relever la plaque d’immatriculation, supposons que la personne est en voiture, cela peut être utile. Des fois il faut comprendre que si la police n’a aucune preuve, la parole d’une personne ne suffira pas.

Les jeunes sont-ils assez au courant que le harcèlement est un délit sévèrement puni par la loi ? Doit-on les sensibilisés d’avantage, garçons comme filles ?

Je pense que les jeunes ne sont pas assez au courant de la gravité de ce problème. Il n’y pas suffisamment de sensibilisation et c’est dommage qu’on ne prend pas ce problème au sérieux. Il faudrait introduire des modules à l’école pour parler sur la violence, d’harcèlement et du « bullying ». Il ne suffit pas d’aller chercher des ONGs pour en parler une fois dans l’année pour qu’ensuite l’enfant dans quelques jours ait déjà tout oublier. Il faut que le travail soit en continue. Quand on éduque un enfant dès son jeune âge, je peux vous dire qu’ils seront les premiers à agir lorsqu’ils verront par exemple la violence à la maison ou lorsque quelqu’un malmène une autre personne dans la rue. C’est sûr que l’information se transmettra de bouche-à-oreille entre jeunes. Si aujourd’hui on voit les politiciens qui utilisent les mots inappropriés contre quelqu’un, je pense que l’heure est vraiment grave.

Des fois on rejette le blâme sur la femme, quelle est votre avis ?

Il est temps de cesser de blâmer la femme. Si une femme a envie de porter une mini-jupe, c’est son choix! Toutefois, il y a une limite à tout. Une personne doit s’habiller convenablement dépendant de la situation. Par exemple, la tenue que l’on porte à la plage ne peut pas être portée partout où l’on va.

 

(Paru dans l’édition du mardi 10 octobre)

 

 

 

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