Harcèlement de Rue : Ça n’en finit pas !

Des milliers de femmes et de jeunes filles sont quotidiennement harcelées dans les rues, les transports en commun, à l’arrêt d’autobus, des fois, sans raison, si ce n’est qu’elles sont des femmes. Le harcèlement de rue est un abus d’autorité qui est souvent sous-estimer mais qui peut causer des graves conséquences.


Le harcèlement de rue vise à interpeler verbalement ou non, une personne en l’envoyant des messages intimidants et insistants, des gestes irrespectueux, humiliants et menaçants en raison de son sexe, de son genre ou de son orientation sexuelle. Les personnes les plus touchées sont principalement les femmes et les personnes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, et Transsexuels). Ces comportements créent un sentiment d’insécurité et de persécution. Ce qui est dommage c’est qu’on parle souvent de la parité et le respect de la femme mais pourtant, c’est surtout elles qui sont les plus souvent inquiétées dans les rues et dans l’espace public. De ce fait, on ne peut évoquer les droits des femmes si la société elle-même, ne leur garantissent pas la sécurité dans les lieux publics. Ce qui est plus inquiétant, c’est que beaucoup considèrent les sifflements, klaxons et commentaires comme quelque chose de « normale » et banale. Certains pensent même que ce n’est pas si grave, et pourtant tous types d’harcèlements sont sévèrement punis par la loi.

 

Ce que prévoit la loi

La section 254 du Code pénal stipule que: « Toute personne qui, en abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions, harcèle une autre personne en usant d’ordres, de menaces ou de contraintes, dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle, sera punie d’un emprisonnement qui n’excédera pas 10 ans et d’une amende qui n’excédera pas 200,000 roupies », (Source: Supreme Court of Mauritius Amended by [ Act No. 36 of 2008 ]). A noter que suite à l’amendement de 2008 la peine d’emprisonnement est passée de 2 ans à 10 ans de prison maximale, en sus de cela, l’amende est passée de Rs 100 000 à Rs 200 000.

 

Témoignages

« Un jour j’attendais le bus après mes leçons particulières quand un homme a stoppé sa voiture et à baisser sa fenêtre. Il m’a dit de monter à bord, en commentant que je suis belle et que je lui plais. J’avais 16 ans et j’étais tellement traumatisée que je n’est même pas osé en parler à quelqu’un de ma famille », nous raconte Shareefa employée dans une banque, aujourd’hui âgée de 33 ans.

« Il arrive souvent que des hommes me fassent des commentaires ou insistent pour que je leur donnent mon numéro. Des fois ils prennent mon silence pour un oui et continue d’entamer la discussion. Je trouve cela vraiment désagréable surtout lorsqu’on ne veut pas parler à quelqu’un », commente Sneha habitante de Castel.

« Je fais fréquemment face à une situation où les hommes me font des remarques. Je continue mon chemin en les ignorants. Mais ce qui m’a le plus surpris c’est le jour où un jeune garçon d’environ 13-14 ans m’a accosté pour demander mon numéro. J’ai trouvé cette situation drôle et inquiétante à la fois étant donné que je suis moi-même mère d’un enfant en bas d’âge. Peut-être qu’il a fait cela pour impressionner ses amis. Mais je me demande quel genre d’éducation donne-t-on aux enfants de nos jours», déplore Lucie, la trentaine.

Comment réagir ?

La majorité des cas surviennent lorsque les femmes sont seules. Elles affirment qu’elles auraient souhaité répondre aux harceleurs, leur exprimant leur colère et leur faire prendre conscience de l’impact de leurs remarques. Elles n’osent pas par peur de représailles. En effet réagir peut être dangereux et inciter à l’agression. Cependant, toute victime de harcèlement peut porter plainte contre l’auteur de ce genre d’acte au poste de Police. Dans le cas où une ou des personnes circulent en voiture et font des insultes verbales ou des commentaires vicieux, la victime peut relever la plaque d’immatriculation et rapporter le cas. C’est une information qui sera utile lors de la consignation de la déposition, afin que les autorités compétentes puisent mener leur enquête. Ce qui est vraiment navrant c’est que dès fois lorsqu’on n’a pas suffisant de preuves pour poursuivre une personne on demande à la victime si elle a une photo pour le prouver. Reste à savoir si une personne aura le reflex de le faire dans cette situation.

« To faut sa, toi kinn rod sa, to pas ti ena pu habille kumsa »

Tels sont les remarques que subissent souvent les victimes. Est-ce normale de toujours pointer la victime du doigt? Qu’en est-il de l’agresseur dans tout cela? Il est grand temps que la culpabilisation change de camp. Il ne faut pas oublier que la façon de s’habiller est aussi considérée comme une forme d’indépendance pour la femme et non une provocation.

Comment distinguer la séduction et le harcèlement ?

Question qui peut paraître anodin, mais en effet beaucoup ne savent pas la distinction entre la séduction et le harcèlement. Tout d’abord, différents critères caractérisent le harcèlement. Interpeller une femme avec des propos sexistes, humiliants, insultants, menaçants ou à caractère sexuel, constituent déjà une forme de harcèlement. Aborder une femme sans tenir compte de ses réactions, par exemple, si elle refuse le dialogue, qu’elle n’y consent pas et qu’on insiste malgré tout, relève du harcèlement. Ce qui est encore plus effrayant pour une femme, c’est d’être suivi par quelqu’un ou l’on impose sa présence, voire un rapprochement. Ce comportement est sans doute ressenti comme menaçant et peut mener à des conséquences encore plus graves comme, l’agression sexuelle. Par contre la séduction ou la drague est caractérisée par le consentement des deux personnes qui s’échangent mutuellement de façon volontaire.

 

(Paru dans l’édition du mardi 10 octobre)

 

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